Des 1ers émois à l’AMAP JOURNAL D’UNE NOUVELLE PAYSANNE

23.05.2009 | Mis à jour le 25.02.2006 | Elisabeth
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Dans Passerelle éco n°17 (Passerelle Éco, Corcelle, 71190 La Chapelle sous Uchon www.passerelleco.info)

8 novembre 2004 : Premières cultures !

J’ai le dos cassé, mais quel bonheur !!! Les choses vont vite parfois et pas du tout comme on les auraient rêvées (la nature, la campagne, une source ou au moins un puits... et le silence). J’ai commencé aujourd’hui à cultiver un petit bout de terrain... tout près de.la rocade ! Il faut crier pour se parler, et il n’y a même pas d’eau !... Mais voilà, à force de rêver, le désir de passer au concret est plus fort que tout et même si c’est pas les conditions idéales, loin de là, c’est quand même un démarrage : je suis, je me sens, je me dis : MARAICHERE !!!

Si j’ai accepté ce petit terrain (560m2) si mal placé, c’est d’abord parce qu’on me le prête, et surtout parce que j’en ai un autre de 5 000m2 en vue pour le printemps, appartenant au même propriétaire, si on s’entend. Celui-ci est beaucoup mieux situé et il y a l’irrigation et tout et tout, un tracteur qu’on me prêterait, une petite serre, etc !...

Et ce terrain est à 4 km de chez moi, donc je peux donc y aller à vélo, et pour livrer mes légumes, pas non plus de transport, car les clients sont dans le quartier !

Ce matin mes premières fèves sont semées ainsi que quelques radis. Si tout va bien il y aura des légumes pour l’AMAP de Pessac (33) pour le printemps !

Le 23 novembre 2004 : Ca germe !

Les premiers radis sont sortis et...ont été illico dévorés par les oiseaux !... J’ai retrouvé les petites racines toutes sorties de terre, couchées par terre, avec toutes les premières petites feuilles mangées... Idem pour les premières salades... Quelle aubaine pour les oiseaux ! Pas un seul autre légume à la ronde, seulement des plantes ornementales bien moins comestibles !

Ma révélation : le Jardin de Cocagne Evoquons un peu les débuts de mon parcours de future nouvelle paysanne. Cela fait au moins 3 ans que ce désir du “retour à la terre” à germé dans mon esprit. Cela a été la rencontre d’un jardin de Cocagne (voir encadré), à un moment où je me morfondais dans un boulot qui ne me correspondait plus, et ce fut le coup de foudre ! A partir de là, tout s’est enchaîné, je n’ai plus eu qu’à suivre, attentive, le chemin qui s’ouvrait devant moi...

Installation

Ce coup de coeur a d’abord été pour le lien insertion / travail de la terre. En effet, il m’est apparu évident que le travail de la terre, proche de nos racines, est particulièrement restructurant pour des personnes en difficultés sociales. Travailler sur des cycles complets : semer, planter, récolter et être dépendant de la météo sont autant de facteurs qui nous recentrent sur nous-mêmes et notre place dans la nature. Et puis, travailler en bio, signifie produire des légumes de qualité et respecter l’environnement, ce qui entraîne un respect de l’homme et valorise forcément les salariés du jardin de Cocagne.

Alors en Janvier 2003, j’ai suivi une journée de formation dans le réseau Cocagne et puis, de rencontres en rencontres, de visites de jardins de Cocagne en visites, je me suis rendue compte que le côté administratif des associations d’insertion était vraiment très lourd, et que même si mes expériences passées me donnaient peut être la capacité de gérer cela, ce n’était pas du tout ce qui m’intéressait  ! Et puis l’insertion...Quand il s’agit de personnes en très grosses difficultés, je n’ai peut-être pas la carrure nécessaire pour l’encadrement...Et d’ailleurs, n’était-ce pas moi que je cherche à réinsérer ? Alors comment pourrais-je me permettre de vouloir réinsérer les autres ?...

Sinon, le côté travail en commun, avec entraide et solidarité, ça me correspond tout à fait. Et les jardins de Cocagne forment un réseau national avec une réflexion commune à plusieurs jardins, un échange d’informations pour éviter de répéter les mêmes erreurs et évoluer plus vite et intelligemment  ; cela aussi m’attirait irrésistiblement ! Et puis, bien sur, il y a la pratique de la culture des légumes, le contact avec la terre que je ressens comme primordial pour moi. J’ai une formation agricole à la base, un BTA (Brevet de Technicien Agricole) ; adolescente, ça me titillait déjà, l’agriculture ! Premières expérimentations : un Jardin pédagogique et communautaire Peu de temps après mon coup de foudre pour les jardins de Cocagne, j’apprends qu’un jardin pédagogique dans mon village (j’habitais le Lot à l’époque) périclite et qu’il recherche des bénévoles motivés. C’est une aubaine pour moi ! En Mars 2003, nous nous sommes donc retrouvés à quelques uns pour relancer ce jardin, avec l’aide des cantonniers, une aide financière et le prêt du matériel des municipalités. J’ai pu ainsi me faire la main en culture bio, car même si j’avais déjà eu un jardin, c’est autre chose d’appliquer correctement les méthodes bio sur un terrain un peu grand. Heureusement, une des personnes de l’association connaissait bien les techniques du bio.

C’est ainsi que toute l’année 2003, nous avons accueilli le centre aéré le mercredi. Une parcelle a été aménagée à son usage où les jeunes ont suivi la culture de leurs légumes. En plus, nous leur avons fait découvrir des odeurs, des goûts, des légumes oubliés, des plantes sauvages comestibles... Les adultes viennent aussi, de tous âges, connaissant ou non le jardinage, voulant apprendre le bio. Nous travaillons ensemble les mercredi, et le reste du temps chacun vient selon ses envies et disponibilités. Nous partageons les récoltes, plutôt en fonction des besoins de chacun que du temps passé à travailler dans le jardin.. et cela fonctionne bien ! En prime (chut !), la cantine du village a profité régulièrement de notre production...

Les jardins de Cocagne :

Jardins biologiques collectifs à vocation d’insertion sociale, les Jardins de Cocagne sont généralement des associations loi 1901. A travers la production de légumes biologiques distribués sous forme de paniers hebdomadaires à des adhérents-consommateurs, ces Jardins permettent à des adultes de retrouver un emploi et de construire un projet personnel.

Ainsi les Jardins sont : 􀀗un lieu d’accueil et d’insertion sociale et professionnelle, 􀀗un lieu d’échanges et de communication entre les adhérents et les jardiniers, un lieu convivial ouvert sur la cité, 􀀗un service de proximité favorisant le développement économique local.

Contact : Réseau Cocagne, 2 grande Rue 25220 Chalezeule - 03 81 21 21 10 - www.reseaucocagne.asso.fr

Le 29 novembre 2004 : Ca regerme !

Revenons en à mon présent ... les oiseaux ont mangés mes premiers plants. Après un petit temps de découragement, je me rappelle l’existence du voile agrotextile.

Seulement on est en ville ici ! Où est-ce que je vais trouver ça ? Dans les jardineries, on en trouve par petites longueurs (10m environ), alors qu’il m’en faut plusieurs longueurs de 30m (la taille de mes planches).

J’ai fini par découvrir une petite épicerieboulangerie- droguerie-graineterie, comme chez ma grand-mère, à la limite ville campagne  ; Ouf ! Et en plus, j’ai de la chance : en discutant avec eux, ils me sortent un vieux, mais neuf, semoir du fond d’un grenier qu’ils me cèdent pour pas cher du tout ! Et encore en plus, ils s’intéressent à mes futurs légumes, mêmes pas encore germés ! Ils ont de la demande pour des produits bio dans leur magasin !

De nouvelles graines de radis germent ; je les couvre vite. Les fèves sortent aussi, elles n’ont pas l’air d’intéresser les oiseaux... Les petits pois, je me méfie, je les couvre aussi...

Je passe plus de temps sur mon ordinateur et dans les livres que sur le terrain en ce moment : un projet AMAP, c’est beaucoup de prévision et d’organisation. J’ai ressorti mes cours ; comment on fait un budget prévisionnel  ? Et puis qu’est ce que je peux bien cultiver à cette saison ? J’aimerais analyser ma terre aussi, comment on fait déjà ? J’ai l’impression d’avoir tout oublié de ce que j’ai appris il n’y a pourtant pas si longtemps... La pratique : SEL et maraîchage bio Pour en revenir à mon parcours, j’ai perdu mon travail en février 2003. Moment difficile à vivre... Mais TROC’LOT était là ! TROC’- LOT, c’est le SEL (Système d’Echanges Local ) du Lot. C’est un SEL rural, qui existe depuis bientôt 10 ans et qui fonctionne plutôt bien en ce qui concerne “le vivrier”. C’est à dire qu’il y a un certain nombre d’échanges alimentaires et d’aides aux producteurs. A mon avis la seule vraie raison d’être du SEL d’ailleurs, c’est cette économie parallèle vivrière ; la convivialité et l’idée politique ayant une place importante bien sûr dans la raison d’être du SEL, mais non primordiale. Donc, j’ai trouvé à la fois comment assurer le manque à gagner de la perte de mon boulot, mais aussi une formation pratique en maraîchage bio en même temps chez un maraîcher, où j’ai travaillé une à deux fois par semaine de mars à août 2003, en parallèle avec l’activité au jardin Bourian.

Le 10 décembre 2004 : attaque de rats ?

Mais qui donc gratte au pied des fèves, les tire alors que les racines font déjà 20 bons cm, grignote les graines, arrache et casse les pousses mais ne les mange pas ? Je m’obstine à les replanter lorsqu’elles ne sont pas cassées, et heureusement elles semblent coriaces et repartir... Je vais quand même les couvrir aussi, et j’investis dans un nouveau rouleau de voile...

Et puis les carottes sont sorties, je les couvre aussi, on ne sait jamais... Presque tout le terrain est recouvert d’un voile blanc, on dirait une immense toile d’araignée couverte de rosée ! Il n’y a pas d’eau sur mon terrain. Mais il pleut assez souvent pour l’instant, et en plus de la protection contre les animaux, le voile agrotextile a l’avantage de conserver l’humidité dessous (comme un paillage) et en plus la terre se réchauffe mieux et les plantes sont protégées du gel. Sinon, pour les semis, je récupère l’eau de pluie. Avec mon compagnon, on a dérivé la gouttière de la maison dans une grande poubelle et je rempli des bidons que je transporte, jusqu’au terrain ! C’est pas le top, mais c’est écolo !

Fin 2003 : La Formation : BP REA

Je me suis renseignée sur les formations existantes en maraîchage bio et j’ai découvert le BP REA (Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole) option maraîchage bio de Brens (près de Gaillac - 81). Une formation de 9 mois dont 4 de pratique, qui a pour but d’accompagner les personnes dans l’élaboration de leur projet professionnel et dans l’acquisition de compétences liées à ce projet. Tout à fait ce qu’il me fallait !

J’ai dit adieu au jardin Bourian avec un peu tristesse... Mais il fallait que je me perfectionne et avance dans mon projet...

Acceptée à cette formation qui démarrait le 15 sept 2003, j’y arrive ne sachant plus trop ce que je voulais faire... Mais je savais ce que je ne voulais pas ! : monter un jardin de Cocagne, m’installer comme maraîchère et vendre sur les marchés (parce qu’il y a finalement peu de relations avec les clients, une certaine solitude du maraîcher, et puis beaucoup de perte de la production)... Je savais quand même que je voulais travailler en lien avec la nature, militer à ma manière pour la sauvegarde de la planète, non en opposition, mais en action positive... et plutôt cultiver des légumes parce ce que cela représente la base de la vie ; la nourriture, la santé. Je savais aussi que le relationnel a une grande importance pour moi, que j’ai besoin d’évoluer dans un milieu convivial et que le travail en réseau, en commun, en complémentarité, en équipe, me convient, même si je suis pourtant particulièrement indépendante !

21 déc 2004 : L’AMAP de Pessac (33)

Aujourd’hui j’ai eu mes premiers paiements pour les futurs paniers de légumes ! Cette fois, je n’ai plus le choix, je suis vraiment engagée dans cette aventure et une dizaine de personnes sont impliquées avec moi... Nous avons créé, en même temps, et même un peu avant que je trouve le terrain, une association, Terre d’ADELES (Association pour le Développement d’Echanges Locaux, Equitables et Solidaires). L’AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) est une émanation de Terre d’ADELES. Les 10 premières personnes se sont engagées pour l’abonnement de paniers quotidiens à partir de mars.

Maintenant les fèves, les petits pois et même les carottes ont levé. Pour les carottes, je les ai consciencieusement semées en rangs écartés de 20cm, pour les désherber avec un REAL (une houe à roue que j’ai commandée récemment et attends avec impatience) et j’ai l’impression qu’il y en a partout. Le désherbage va être une galère... Vivre de son travail : AMAP et solidarité C’est l’été 2003, juste avant ma formation BPREA, que j’ai découvert les AMAP (voir p.50). Nous avons visité plusieurs AMAP , l’été 2003 et en février 2004, pendant ma formation (voir notre récit “Paniers et réseaux de solidarité” dans Passerelle éco n°15 de l’été 2004) et avons été comblés par la chaleur humaine, la convivialité, la solidarité qu’il y a entre consomm’acteurs et producteurs. Il était clair pour moi que j’avais trouvé le système de vente qui me convenait pour le relationnel la convivialité, et qui me permettrait de vivre de ma production !...

Parce qu’il ne faut pas rêver : les producteurs bio ont du mal à vivre... Il faut pouvoir s’installer d’abord, il n’y a pas d’aide à l’installation passé 42 ans (et demander la DJA, c’est s’aliéner au système, rendre des compte... Et ensuite, il y a beaucoup de perte de production, légumes trop petits, pas beaux,... et les restes du marché... Dans l’AMAP, pas de perte, tout est consommé , et surtout il y a l’appui des consomm’acteurs ! Mon compagnon habite à Pessac, nous décidons de vivre ensemble .. et un projet AMAP germe ici, avant même qu’on ne parle de mon projet à qui que ce soit ! Je n’ai qu’à suivre le chemin qui continue à s’ouvrir devant moi ! Je déménage officiellement le 1er novembre 2004, l’AMAP est créée officiellement le 21 novembre 2004.

La suite des mes aventures bientôt !

Elisabeth GUEGAN elisag2@free.fr

BPREA Bio de Brens

Le Brevet Professionnel Responsable Exploitation Agricole « Maraîchage biologique » a pour objet d’accompagner les porteurs de projets d’installation dans la conception et la concrétisation de ce projet. Neuf mois de formation sont mis à leur disposition pour étayer leur projet, le confronter au contexte technique, économique, réglementaire et social.

C’est la construction du projet d’installation qui est le fil conducteur de la formation. Elle est alimentée d’apports théoriques, de stages en exploitation et de visites afin de donner des éléments de décision répondant aux différentes situations, avec une alternance de formation au centre et de stages. Un contrôle continu a lieu, validé par un jury permanent.

Les candidats doivent pouvoir justifier de 2 années (4056h) d’activité professionnelle et être titulaire d’un CAP, d’un BEP ou d’un niveau de scolarité de fin de seconde, ou de 2 années d’activité professionnelle dans le secteur agricole ou de 5 années dans un autre secteur.

au CFP Centre de Formation et de Promotion des M.F.R. Brens 81600 Gaillac 05 63 57 05 15 - Site : www.cfp81.asso.fr

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